Les Olympiades De Jacques Audiard 2/2

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Tous ces parcours de vie se rencontrent et font exister leurs personnages avec force. Et pour mettre en lumière ces nouveaux visages, Jacques Audiard a travaillé avec le directeur de la photographie Paul Guilhaume, avec lequel il collaborait pour la première fois au cinéma. Il désirait filmer cet opus rapidement, avec peu de matériel. Le tournage des « Olympiades » dura donc sept semaines et, la plupart du temps, en utilisant deux caméras.

 Cette manière de travailler résulta de leur collaboration sur deux épisodes du « Bureau des légendes ». Dans « Les Olympiades » la seconde caméra était fréquemment gérée au steadicam. La structure cinématographique, elle, oscillait entre dolly, plans épaules, travellings… Paul Guilhaume explique sur AFC comment il a travaillé son noir et blanc : « Le film est très inscrit dans le présent. L’indication principale que Jacques m’a donnée (…) : « J’aimerais un noir et blanc brillant ». En faisant les essais, on s’est tout de suite aperçu que des optiques un peu anciennes, ou trop de matière à l’image, faisaient basculer le film dans le passé, matifiaient l’image en un sens. » En conséquence le directeur de la photographie a décidé de combiner entre la caméra Venice et des optiques Leitz Summilux : « On a tourné en couleur avec la Sony Venice. En étalonnage, avec Christophe Bousquet, cela nous a permis d’isoler les éléments saturés et changer leur densité à volonté. Beaucoup de costumes étaient donc rouges ou jaunes et les murs repeints en bleu et vert. Virginie Montel (directrice artistique et créatrice des costumes) avait cette expérience de « La haine » : un tournage en couleur pour un rendu Noir et Blanc. Cette quête de la brillance a demandé d’essayer de conserver une référence de noir pur et de blanc pur dans presque chaque photogramme pour permettre à l’œil de s’étalonner en continu. » (AFC Interview Paul Guilhaume) Dans « L’écho » Jacques Audiard nous éclaire sur une autre raison du choix du N/B : « Une autre fonction du N/B est d’unifier et de métaboliser ces différentes couleurs de peau. Il absorbe la diversité. Il a un effet un peu buvard. » Cependant il y a une séquence que le spectateur voit en couleur dans « Les Olympiades » : lorsqu’apparaît pour la première fois la cam girl Amber Sweet que nous découvrons, comme Nora, par écran interposé. Jacques Audiard explique ce choix dans « Baz’Art » : « En chamboulant la vie de Nora, par un effet de dominos, elle change les vies et les personnes de Camille et d’Emilie, et la couleur s’imposait alors d’elle-même. » L’apparition d’Amber provoque une impulsion fondamentale sur le personnage de Nora. Et cela par l’entremise des écrans, qu’ils soient issus d’un ordinateur ou d’un portable. Les deux femmes vont se découvrir sans se retrouver dans la même pièce : une intimité s’installe progressivement au fur et à mesure de ces échanges via les écrans. Paul Guilhaume explique comment ont été filmés ces moments : « Pour toutes les scènes de discussion entre Nora et Amber, on a opté pour un tournage en direct entre deux étages de l’appartement. Noémie Merlant étant filmée devant son portable dans sa chambre, à deux caméras, en plan large et en plan plus serré, et la même chose pour le contre-champ dans l’écran. En parallèle, à l’étage du dessus, Jenny Beth (Amber) s’était installée devant une webcam, mais sans caméra de cinéma. Juste une proximité et une synchronicité permettant aux actrices et au metteur en scène de travailler ensemble. » (AFC) Il résulte une volonté forte d’insérer les appareils technologiques au sein des rencontres et des relations entre certains personnages, outils modernes de notre société que les scénaristes ont naturellement ancré dans cette histoire. Il est intéressant d’observer que la relation la plus sensible, sans déguisement, où les émotions affleurent avec authenticité, est celle qui transparaît à travers un dispositif interactif. Le cinéaste nous invite ainsi à envisager ce dispositif comme pouvant être positif, et pas obligatoirement être une entrave à une belle rencontre.

Les comédiens ont beaucoup répété avant que le tournage ne commence. Ce travail approfondi se concentra évidemment sur le jeu, les mots, mais ce fut aussi un immense cheminement corporel. Car de nombreuses scènes de sexe étaient écrites : « Ces scènes (de sexe), comme la violence, sont compliquées à mettre en œuvre. J’ai donc décidé de les déléguer à mes acteurs. Ils ont répété pendant deux mois sans que je n’intervienne. M’en remettre intégralement à eux, c’était les laisser manœuvrer avec leur pudeur et fixer leurs limites dans une quête commune de vraisemblance. » (Jacques Audiard, Madame Le Figaro)

Plusieurs coachs ont suivi les comédiens durant cette longue préparation, comme la chorégraphe Stéphanie Chêne. A l’instar d’une danse, la gestuelle a été chorégraphiée afin que les corps se meuvent le plus naturellement possible dans les moments les plus voluptueux et sensuels. Comme le racontent Makita Samba et Lucie Zhang : « En fait on a beaucoup dansé. On a appris à nos corps à se connaître. » Noémie Merlant, quant à elle, explique : « Les corps parlent autant que les mots, et nous voulions raconter un maximum de choses à travers ces scènes d’intimité. (…) Plus une scène de sexe est préparée comme quelque chose qui doit donner du sens, plus ça devient du travail et plus ça détend. »

Plusieurs coachs ont ainsi épaulé les comédiens, que ce soit au niveau de la démarche, des mouvements corporels, des relations intimes, du jeu… Il y avait un désir commun de tranquilliser chaque membre de l’équipe, afin d’appréhender les scènes avec apaisement.

De plus, quelques jours avant le commencement du tournage, Jacques Audiard a organisé un filage dans le théâtre parisien du Rond-Point où les comédiens ont joué le scénario dans sa totalité, afin de répéter chaque mouvement et dialogue qu’ils avaient travaillé.

Quant à la musique, le cinéaste a désiré travailler avec le compositeur Erwan Castex, dit Rone, mais il ne l’a appelé qu’après avoir fini le montage du film. Rone raconte qu’Audiard lui a demandé de sélectionner trois scènes et d’en composer la bande musicale, et cela en seulement trois jours. Jacques Audiard fut tout à fait satisfait du travail de Rone qu’il recontacta pour lui annoncer qu’à la réflexion il désirait rajouter encore plus de musique dans « Les Olympiades ». Rone a alors dû composer 45 minutes de musique en l’espace d’un mois. Alors que le cinéaste faisait découvrir le film au compositeur, la musique ambiante était celle de Shubert. Parce que, comme l’explique Rone, Jacques Audiard « voulait aller à l’opposé de Shubert et éviter le côté film français très littéraire. Il souhaitait quelque chose de moderne et surtout être surpris. Même si j’utilise des machines, je me suis dit qu’il fallait que je fasse une musique très organique. Il fallait faire pleurer les synthétiseurs. » (cf Cannes)

Il est intéressant de signaler quelles sont les deux références cinématographiques qui ont été importantes pour Jacques Audiard vis-à-vis de ce film. La première est « Sexe, mensonges et vidéo » de Steven Soderbergh : « Au centre se trouve une scène d’un érotisme fou, entre des personnages d’une beauté presque insoutenable, alors qu’on n’y fera pas l’amour », indique le cinéaste. (Positif) La seconde est « Ma nuit chez Maud » d’Eric Rohmer, « parce que tout a été dit (durant cette nuit où Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian discutent) et que la séduction, l’érotisme et l’amour sont entièrement passés par les mots. La suite serait superflue. Comment cela se passe-t-il aujourd’hui, alors que c’est l’inverse qui nous est proposé ? Dans ces conditions, y-a-t-il encore un discours amoureux ? Oui, bien sûr, comment en douter. Mais à quel moment intervient-il ? Quels en sont les mots, les protocoles ? (…) Comment cela se passe-t-il à l’époque de Tinder et du « couchons donc le premier soir » (…) La communication virtuelle fait aujourd’hui partie de nos vies, de nos relations amoureuses et sexuelles. Je tenais à parler de ça, de comment nous nous débrouillons avec ces différents modes de relation. » (Baz’Art)

Cette réflexion sur une génération, ancrée dans notre société contemporaine et dans un quartier de Paris cosmopolite, nous interroge sur les relations amoureuses d’aujourd’hui, sur les expériences et désirs de chacun, sur les difficultés d’appréhender l’amour, le travail, la vie… Avec une pointe d’érotisme, de volupté, mais aussi de solitude et de révélation amoureuse.

 

 

 

Réalisateur : Jacques Audiard / Scénaristes : Céline Sciamma, Léa Mysius, Jacques Audiard / Distribution : Lucie Zhang (Emilie), Makita Samba (Camille), Noémie Merlant (Nora), Jehnny Beth (Amber Sweet)… / Directeur de la photographie : Paul Guilhaume / Directrice artistique : Virginie Montel / Cheffe décoratrice : Mila Preli / Productrice : Valérie Schermann / Production : Why Not Productions / Distribution : Memento Distribution / Sortie : 2021

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