SARAH MOON « PASSÉ PRÉSENT » au Musée d’Art Moderne de Paris

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Le Musée d’Art Moderne de Paris propose une exposition sur l’insolite chemin créatif de la photographe Sarah Moon. 
« Passé Présent » nous invite à déambuler au sein d’un parcours élaboré par l’artiste elle-même, où la photographie côtoie son travail cinématographique, où la mode se mélange avec une recherche personnelle énigmatique, où les sujets et les périodes s’entrecroisent, sans clivage.

Née en 1941, Marielle Sarah Warin fut, dans les années 60, mannequin. Mais elle aimait déjà s’adonner à la photographie. En 1967 le hasard fait alors rapidement basculer son destin. Le photographe J.R. Roustan étant souffrant, il conseille à sa rédaction de le remplacer par la jeune femme. Elle réalise au pied levé les clichés, et les signe avec un nouveau patronyme, qu’elle vient d’improviser : Sarah Moon. Elle débute alors une carrière de photographe de mode, et se distingue diligemment au travers de ses photos publicitaires, spécifiquement pour la célèbre marque Cacharel à qui elle insuffle une incarnation visuelle novatrice, feutrée et sibylline. Nous sommes dans les années 1970. Sarah Moon bouleverse ainsi les codes artistiques liés à l’univers de la publicité. « Vogue » lui a d’ailleurs déjà consacré un papier en 1969. Son regard, décalé, intrigue. L’artiste décide d’enrichir peu à peu son travail à une recherche plus intime où elle n’élabore plus exclusivement des images de commande. Suite à une blessure profonde provoquée par le décès en 1985 de son assistant Mike Yavel, elle va osciller entre la mode et ce qu’elle définit comme ses « instantanés ». Elle valse ainsi entre une activité de groupe, où élaboration et expérimentation se font à plusieurs voix, et un affranchissement total où priment l’inattendu et la sensation d’être absolument libre, vivant ces expériences de manière plus solitaire. C’est à ce moment qu’elle s’initie à un appareil jusqu’ici inexploré, le polaroïd Noir et Blanc, qui devient instantanément son indéfectible « complice », technicité d’expérimentation absolue, hasardeuse, ouvrant sur une esthétique profondément personnelle. Ces « instantanés » pris par l’artiste s’inscrivent alors dans une intemporalité saisissante, ne livrant que peu d’éléments qui puissent les situer dans le passé. Elle expérimente ce nouvel outil avec passion, laissant une place fondamentale aux sinuosités accidentelles, créant ainsi un esthétisme empreint de difformités techniques d’une facture insolite. Son travail est en ce sens avant-gardiste. Elle intègre dans sa recherche créative la matérialité même de l’« instantané », n’hésitant pas à le malmener par l’usage de grattage, de rayures, de « flous de bougé ». Elle use souvent de la solarisation, renforçant ainsi l’aliénation des repères spatio-temporels. De surcroît elle malmène la gélatine du négatif. Nous observons fréquemment des bordures esquintées ou extrêmement sombres. Sarah Moon explique ce résultat singulier : « Le bord frangé des négatifs vient des accidents au moment où on sépare les deux feuilles du Polaroïd, le négatif et le positif. Parfois, nous laissions passer une journée ou deux avant de décoller les feuilles, pour que ça amplifie les défauts. » (The Art Newspaper). Dans la même optique, ces mots de la photographe recueillis dans « Conversations autour de la couleur avec Ilona Suchitaky » sont conséquents : « J’aime que la photographie soit vulnérable, et c’est vrai que les traces qui sont sur le Polaroïd sont déjà des marques du temps et de la décomposition ; la menace en est déjà inscrite dans le cadre. » Sarah Moon revendique pleinement le caractère artisanal de ses œuvres, parfois malmenées afin d’en extraire les stigmates de l’expérimentation. Quant à la palette chromatique de ses photographies, elle est volontairement réduite. Le Noir inspire profondément l’artiste, et elle aime osciller entre les multiples nuances de gris, mettant en exergue des formes émergeant de la pénombre, sensations amplifiées par l’exclusion de la couleur blanche. 
Dans ses entretiens avec Magali Jauffret (Entretien avec Sarah Moon, Hambourg), ou encore avec Dominique Eddé (MAM), l’artiste explique ses aspirations : « Le Noir et Blanc est la couleur de l’inconscient, de la mémoire. Il s’agit d’ombre et de lumière. C’est de la fiction. C’est ce qui est le plus proche de moi, c’est là que je me retrouve. » (…) « L’ombre, on peut la voir, mais on ne peut pas l’atteindre. C’est de l’infini à notre portée. C’est comme l’horizon. » Nous comprenons mieux ce qui inspire la photographe, la valeur récurrente de son amour pour la sous-exposition, les ombres portées, la richesse de ses gris accentuant son travail sur les ombres. Tout cela intensifie l’impression d’impénétrabilité, refusant toute perception de clarté. Ce travail est souvent renforcé par l’utilisation de surimpressions, ou encore de miroirs, comme le mirolège, accentuant la notion de « cadre dans le cadre ». Nous sommes alors surpris, au gré de notre déambulation, lorsque nous nous retrouvons face à une photographie révélant une paradoxale pigmentation qui envahit une partie formelle de l’image. Le plus souvent empreinte d’une seule tonalité, d’une seule couleur… Encore une bizarrerie, une toquade, renforçant l’illisibilité immédiate de ces épreuves.
Toutes ces œuvres photographiques sont accompagnées de cinq films réalisés par Sarah Moon : « Circuss », « Le fil rouge », « Le petit Chaperon noir », « L’effraie » et « Où va le blanc… ». Ces films sont essentiellement composés d’épreuves photographiques de Sarah Moon qui fait déambuler sa caméra face à la fixité de ses images afin de leur donner vie, de les mettre en mouvement et créer une histoire. Les épreuves voyagent ainsi à travers une nouvelle création artistique pour en former une narration inédite. 
De surcroît, une autre salle du MAM s’harmonise avec cette exposition, puisqu’elle est consacrée au compagnon de Sarah Moon, Robert Delpire (1926 – 2017), qui fut un grand éditeur de photographie, un commissaire d’exposition, un publicitaire, et le créateur de la petite collection noire Photo Poche. 

Exposition au Musée d’Art Moderne de Paris
À partir du 18 septembre 2020 

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