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Mirabell Studio - Je suis toujours là De Walter Salles

Je suis toujours là De Walter Salles

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Walter Salles, cinéaste brésilien qui n’avait pas sorti de film depuis plus d’une dizaine d’années, nous livre un nouvel opus bouleversant, adapté des mémoires de Marcelo Rubens Paiva, « Ainda Estou Aqui » (2015). Il narre l’histoire de la disparition du député socialiste Rubens Paiva, opposant au Régime militaire mis en place en 1964, qui survint à Rio de Janeiro en 1971, ainsi que les bouleversements qui en découlèrent pour toute la famille Paiva.

Le film s’ouvre sur une séquence où nous découvrons une femme, Eunice Paiva, nageant près de la plage ensoleillée de Rio de Janeiro, où la population brésilienne prend du bon temps dans une gaité pleine d’énergie. La sérénité de ces moments de plaisir est juste, l’espace d’un instant, perturbée par le bruit d’un hélicoptère qui survole les lieux. Cet élément trouble notre attention comme il le fait avec Eunice, inférant une légère inquiétude que nous passons assez rapidement, puisque nous allons découvrir l’émerveillement d’une famille absolument lumineuse. Nous faisons connaissance avec Rubens et Eunice Paiva et leurs cinq enfants, qui résident dans une belle et grande maison près de la plage de Rio. Cette famille aisée, joyeuse et absolument rayonnante, nous embarque dans cette vitalité qui charme leur entourage. L’effervescence familiale est contagieuse, emprunte de discussions franches et engagées, de musique, de repas animés, de danse, d’amitié, mais aussi de photographies et de films Super 8. Les enfants et les adolescents naviguent au milieu de cette atmosphère si riche et captivante.

Mais remettons-nous dans le contexte. Nous sommes ici en 1971. Un coup d’Etat survenu en 1964 a instauré au Brésil une dictature militaire de droite. Celle-ci perdurera jusqu’en 1985. Durant ces années 70, les brésiliens sont donc sous le joug d’un régime tyrannique où l’armée détient un pouvoir autoritaire, n’hésitant pas à enlever, torturer, assassiner, toute personne qu’il juge nuisible. Les anciens opposants de gauche font donc partie de leur cible privilégiée, certains disparaissant sans que l’on sache ce qui leur est arrivé. La dictature tente alors de réduire au silence toute volonté d’opposition.

Le film débute en 1971. Rubens Paiva est un ancien député socialiste, qui fut opposant au Coup d’Etat des militaires. Il vit à Rio de Janeiro avec son épouse et ses enfants, et exerce le métier d’ingénieur. C’est à cette époque que Walter Salles, alors adolescent, rencontra une des filles de Rubens Paiva et entra dans le cercle très ouvert de cette famille pas comme les autres. Il raconte : « Ce qui m’a immédiatement surpris, c’est à quel point cette maison était vivante. Ce n’est pas par hasard que la maison est un personnage dans le film parce que c’est là que des gens de différentes générations se sont mêlés, par opposition à ce qui s’est passé dans ma maison par exemple. Et les discussions politiques étaient libres. Tout le monde pouvait écouter et peser dans la balance. Il y avait de la musique, de la musique brésilienne, et certaines étaient censurées à l’époque, mais jouaient tout le temps sur la platine. Il y avait une sorte d’affection physique qui était également en jeu, ce qui était très différent des autres maisons. (…) Cette maison était complètement emplie de gens pendant le week-end parce que nous avons tous gravité vers elle. Et c’était le dernier endroit où je pensais qu’une tragédie frapperait. Et voir cet endroit lumineux soudainement dépourvu de vie, voir la maison fermée et la police un peu partout dans la rue, a été un choc que je n’ai jamais oublié » (Interview W. Salles, Hammer to Nail). Ce témoignage révèle à quel point cette famille faisait l’admiration de tout son entourage, en vivant intensément malgré les forces en place, a l’instar d’une résistance où la joie d’être et de penser prend le dessus, où l’existence est une fête. Et Walter Salles filme cette effervescence avec chaleur et délicatesse, dans un bouillonnement qui nous emporte de manière sensorielle. Quelques points nous interpellent cependant. Rubens transmet a priori des lettres à des dissidents, sans jamais mêler sa femme à ces interventions en marge. De surcroît, la fouille de jeunes gens, dont des enfants Paiva, lors d’un contrôle de voitures par les militaires qui recherchent des militants, perturbe cette jeune génération, même s’ils peuvent ensuite rentrer chez eux. L’innocence des aînés est ainsi mise à mal, annonçant les prémices d’une catastrophe à venir.

L’exaltation collective va alors se muer, en l’espace d’un instant, en véritable cauchemar. L’allégresse laisse place à l’angoisse lorsque des policiers viennent chercher Rubens chez lui. Eunice et ses enfants se retrouvent cloîtrés dans leur maison, surveillés dans leur intimité, forcés d’avoir porte close, rideaux et fenêtres fermés. Tout s’assombrit, tant dans la vie de cette famille qu’au niveau de la luminosité et de l’atmosphère de cette maison. Aucune nouvelle de Rubens. Mais Eunice et l’une de ses filles sont finalement emportées vers un lieu inconnu, cagoulées. C’est une plongée concrète dans l’abomination des cachots sombres et glaçants, où cris et effroi dominent. Un calvaire pour des suppliciés qui ne reviendront pas, des interrogatoires jusqu’à l’épuisement pour d’autres. Eunice et sa fille rentreront, sans jamais savoir où se trouve Rubens. La torture, les assassinats, tout est hors-champ. Les conséquences, elles, sont bien réelles. Mais c’est l’immense force d’Eunice Paiva que Walter Salles va mettre en exergue, son regard de mère et de militante. Cette femme va se métamorphoser en combattante, résolue à se battre pour que le régime militaire confirme que son mari est mort, puisqu’aucun corps n’est jamais réapparu. Cette seconde vie se matérialise par le déménagement de la famille vers Sao Paulo, où Eunice reprendra ses études pour devenir avocate à l’âge de 47 ans.

Nous nous retrouvons alors 25 ans plus tard, en 1996, année où Eunice Paiva obtient enfin une reconnaissance de l’Etat brésilien pour la mort de Rubens. C’est une bataille contre l’oubli, contre l’amnésie. Pour que la mémoire perdure.

La mise en scène et la photographie évoluent tout au long du film, au fur et à mesure que les évènements influent sur la famille, tant au niveau narratif qu’au niveau visuel et esthétique.

Au début du film, la fluidité de la caméra emporte les personnages dans cette demeure familiale si ouverte vers l’extérieur, si vivante, si bruyante et bouillonnante. Walter Salles a choisi de filmer en 35 mm, mais aussi en Super 8 pour les nombreux films amateurs que les Paiva aiment tant. La texture du 35 mm était pour lui indispensable pour retrouver celle de cette époque révolue, si chère à ses yeux. Quant au Super 8, si utilisé dans les années 70 pour garder des traces d’évènements familiaux, il est présent pour « ramener l’immédiateté et la vivacité de cette famille, ainsi que les imperfections du medium » (W. Salles, Hammer to Nail). La texture du 35mm, elle, est plus ou moins poussée suivant ce qui arrive aux personnages : « Nous avons tourné en 500 ASA toute la première partie du tournage. Et nous l’avons poussé d’un cran ou deux crans selon le type de qualité sensorielle que nous voulions atteindre ». Comme l’indique le cinéaste dans son interview pour Abus de ciné, « dès le moment où le père se fait arrêter par les militaires en civil, le film opère une soustraction brutale de certains éléments. La lumière, les sons, la musique, tout est alors amorti. Il en va de même pour le langage, car dans une dictature, les gens ne peuvent alors plus se parler directement. Il fallait donc que le film devienne alors plus subjectif, et que les personnages se regardent pour comprendre ce qu’il se passe. D’où le silence, les espaces vides, bref tout ce qui peut faire ressentir l’absence ».

Avec le directeur de la photographie Adrian Teijido, ils ont décidé de prendre d’autres objectifs pour filmer la période qui se passe 25 années plus tard, pour que ce saut temporel se ressente d’un point de vue esthétique. Le 250 ASA fut alors utilisé, pour une image moins granuleuse. Une dernière période clôt le film. Elle a lieu en 2014. Cette construction en trois espaces temps nous permet de retracer la mémoire de la famille Paiva. Ce sont les scénaristes Murilo Hauser et Heitor Lorega qui ont œuvré pour écrire cette histoire basée sur les mémoires de Marcelo. Dans le dossier de presse du film, Walter Salles explique : « Le livre et le film peuvent être vus comme un récit sur la reconstruction d’une mémoire individuelle mené par cette femme (la mémoire d’une famille brisée), qui se superpose à la quête de reconstruction de la mémoire d’un pays, le Brésil. Cette superposition entre le personnel et le collectif est une des raisons pour laquelle j’ai voulu tourner ce film » (Ecran Large). L’adaptation du livre fut une épopée qui prit sept années. Et cela en raison des évènements qui survinrent ces dernières années. Ce film, qui plongeait dans le passé de l’histoire brésilienne, se retrouva brusquement projeté vers la brutalité d’un présent politique qui dut de nouveau faire face au joug de l’extrême droite (avec Bolsonaro qui fut élu en 2018, mais qui fut ensuite battu par Lula à la présidentielle de 2022) : « Soudain, le monde que nous pensions avoir disparu depuis longtemps est redevenu très palpable » (Walter Salles). D’où le long temps passé à adapter et réaliser ce film.

La maison familiale dans laquelle l’équipe a tourné ressemble beaucoup à celle que possédaient les Paiva, datant des années 40 et conçue par le même architecte. La famille fictionnelle des Paiva vint s’installer dans cette maison avec une partie de l’équipe durant trois semaines afin de se familiariser avec les lieux et les autres comédiens, jusqu’à cuisiner ensemble pour se fondre dans l’atmosphère future du tournage. Comme l’explique Walter Salles : « Nous n’avons pas répété les scènes du film. (…) Nous avons improvisé des scènes qui se produiraient avant le début du tournage. Et petit à petit, les relations dans cette famille se sont approfondies et texturées par le temps et par l’échange qu’ils avaient continuellement ». Le cinéaste a de surcroît tourné chronologiquement, ce qu’il choisit de faire habituellement quand il fait jouer des enfants : « Chaque jour, ils étaient exposés à des informations fraîches et nouvelles pour eux. C’est pourquoi vous avez ce genre de vivacité dans les performances » (Hammer to Nail). Walter Salles a ainsi retrouvé les sensations de son passé adolescent lorsqu’il fréquentait cette famille. L’émotion et la quintessence de ces moments joyeux et lumineux sont infiniment palpables à travers ces images. Quant à la lutte incommensurable d’Eunice contre l’oubli et l’effacement, elle force le respect à chaque instant.

Le générique de fin est absolument touchant, avec ses photographies d’archives que nous découvrons accompagnées de la chanson « E preciso dar um jeito, meu amigo » (Et je dois trouver un moyen, mon ami) d’Erasmo Carlos qui engage à s’insurger, comme Eunice l’a fait toute sa vie, pour sa famille, pour les familles de prisonniers politiques, mais aussi pour défendre les autochtones à qui on arrachait leurs terres. Ce film parle du Brésil, tant au passé qu’au présent, et d’une famille où « être joyeux était une forme de résistance », comme l’a écrit Marcelo Paiva. Cet opus est aussi un portrait de femme qui ne s’est jamais laissée victimiser. La mémoire reste au centre de « Je suis toujours là », prête à combattre l’oubli, sans relâche.

 

Réalisation : Walter Salles / Scénaristes : Murilo Hauser et Heitor Lorega / Directeur de la photographie : Adrian Teijido / Monteur : Affonso Goncalves / Décors : Carlos Conti / Musique : Warren Ellis / Actrices et acteurs : Fernanda Torres (Eunice), Selton Mello (Rubens), Fernanda Montenegro (Eunice âgée), Valentina Herszage (Veroca jeune), Maria Manoella (Veroca), Luiza Kosovski (Eliana jeune), Marjorie Estiano (Eliana), Barbara Luz (Nalu jeune), Gabriela Carneiro da Cunha (Nalu), Cora Mora (Babiu jeune), Olivia Torres (Babiu), Guilherme Silveira (Marcelo jeune), Antonio Saboia (Marcelo) / Production : Mact Productions, Video Filmes, RT Features / Co-production : Arte France Cinéma, Conspiraçao Filmes / Distribution : Studio Canal, Goodfellas / Sortie France : janvier 2025

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