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Mirabell Studio - L’attachement De Carine Tardieu

L’attachement De Carine Tardieu

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La réalisatrice Carine Tardieu a adapté librement au cinéma le roman d’Alice Ferney, « L’intimité ». Elle nous émeut avec cette chronique subtile où chacun de ses personnages va se reconstruire émotionnellement à la suite du décès de Cécile, jeune femme qui meurt en mettant au monde sa petite fille, bouleversant ainsi la vie de son compagnon et de son fils de six ans, mais aussi celle de Sandra, la voisine de palier.

Cécile et Alex doivent quitter urgemment leur appartement car la jeune mère vient de perdre les eaux. Ils confient alors à la hâte leur petit Elliot à la voisine d’en face, une femme d’une cinquantaine d’années qui tient à son célibat, et possède une librairie où le féminisme tient une place prééminente. Ayant fait le choix de ne pas avoir d’enfant, Sandra ne sait pas vraiment comment s’y prendre, mais elle garde, puisqu’elle se retrouve devant le fait accompli, ce petit garçon le temps qu’un proche vienne le récupérer. Le problème, c’est que la journée passe et que personne ne vient. Lorsqu’Alex sonne enfin à la porte, dans la soirée, Sandra voit immédiatement dans son regard qu’un drame est arrivé. La maman est décédée. Alex se retrouve seul avec son beau-fils de six ans, qu’il aime et élève comme un père depuis son plus jeune âge, et sa petite Lucille. Sandra explique qu’Elliot s’est déjà endormi. Elle

propose de laisser l’enfant dormir, pour qu’il ait encore sa maman pour lui une dernière nuit, avant d’annoncer la terrible nouvelle au petit garçon.

A la différence du roman, Carine Tardieu place le personnage de Sandra au centre de son projet filmique. A « France Inter », elle explique : « J’aimais l’idée de faire le portrait d’une femme moderne, qui n’est pas assujettie aux diktats du patriarcat, qui revendique son indépendance, assume un célibat qu’elle ne cherche jamais à justifier, une femme relativement libre en somme, mais qui, soudain ébranlée par l’affection que lui portent un petit garçon et son beau-père endeuillés, voit ses fondements voler en éclats… J’aimais l’idée qu’une femme n’ayant a priori aucun attrait pour les enfants s’attache malgré elle non seulement à un homme, mais aussi, voire surtout, à sa progéniture. (…) Il y a chez Sandra un mouvement impulsif qui la dépasse, incarné par la séquence où elle descend soudainement les escaliers pour proposer à Alex de l’accompagner à l’hôpital ». Cette femme va donc de façon imprévisible s’épanouir dans une situation qu’elle n’attendait absolument pas et qu’elle ne maîtrise pas. Cette rencontre fortuite avec Elliot, qui insiste fortement pour passer du temps avec Sandra, pousse cette femme à s’ouvrir. Car c’est Elliot qui s’impose et choisit de se lier à Sandra. Son insistance est bouleversante, et nous sentons l’attachement naître entre eux. Cet attachement, il finira aussi par se créer avec Alex et Lucille. Nous sommes donc là face à un petit garçon qui sonne à la porte de la voisine, qui s’incruste chez elle sans demander l’avis de Sandra ou de son beau-père, juste « parce qu’elle est là », comme le dit Carine Tardieu. Malgré, nous le sentons au début, une résistance de Sandra, celle-ci ne peut se retenir de partager du temps avec lui. Comme l’indique la cinéaste, « elle est là et elle lui permet de survivre, de surmonter la mort de sa mère. Et l’amour vient dans un deuxième temps. Mais ce n’est pas du tout un amour instinctif » (Cin’Ecrans). Ce hasard d’un voisinage de palier mène à un décloisonnement. Exit les séparations qui désunissent les êtres : « Petit à petit, c’est sur le palier que les choses les plus intimes sont dites aussi, dans cet espèce de sas, de no man’s land où tout est possible » (Carine Tardieu, Cin’Ecrans). Sandra devient le repère féminin d’Elliot et des liens se tissent alors avec Alex. Une nouvelle harmonie prend naissance, créant un équilibre inattendu entre eux, où s’entremêlent aussi le papa biologique d’Elliot (David), la nouvelle petite amie d’Alex, la grand-mère maternelle d’Elliot. La ronde des sentiments nous livre une corrélation des liens qui se créent au fur et à mesure que le temps passe, que les jolies choses de la vie chamboulent tous ces êtres qui s’attachent les uns aux autres, partageant les bouleversements inopinés de leur existence. Les affects de chacun retentissent avec tendresse pour nous livrer une perception tout en finesse de la mort, du deuil, de l’isolement, de la tristesse, de l’amitié, de l’amour, de l’attachement…

Le film est ponctué par des chapitres indiquant l’âge de la petite Lucille, de sa naissance à ses deux ans. C’est pour Carine Tardieu « une manière d’évoquer l’irréversibilité de l’attachement, et qui marque en même temps les étapes du deuil puisque chaque anniversaire de cette enfant coïncide avec l’anniversaire de la mort de sa mère » (AFC). En adaptant le livre d’Alice Ferney, la cinéaste était infiniment attirée par le personnage de Sandra qu’elle a remis au centre de cette histoire, mais aussi très touchée par la démarche de l’écrivaine : « elle nous plonge avec vertige dans la tête de cet enfant dont le rapport au temps est totalement différent de celui d’un adulte : Elliot ne réalise pas ce que c’est que d’avoir perdu sa mère. Il comprend que c’est dramatique et en même temps, n’a pas du tout conscience de ce que ça va impliquer » (AFC). Le fait de désirer s’attacher à cette voisine quinquagénaire et sans enfants a eu pour conséquence de « basculer au plus tôt dans le point de vue de Sandra », et cela dès qu’Alex apprend à Elliot que sa maman est morte. La caméra est alors sur Sandra qui en retrait les écoute et, sans maîtriser quoi que ce soit, va se sentir concernée par cette tragédie. Carine Tardieu et ses deux coscénaristes, Raphaële Moussafir et Agnès Feuvre, ont donc construit leur scénario avec ce personnage de Sandra au cœur du récit, s’écartant ainsi du livre. Pour préparer le tournage du film, Carine Tardieu a une manière bien à elle de travailler. Elle a confié dans son interview à AFC : « En prépa, je pré-découpe in situ l’intégralité des séquences avec la directrice de la photographie Elin Kirschfink, le premier assistant Mathieu Vaillant, la scripte Anaïs Sergeant, nous jouons les scènes, incarnant tour à tour les personnages, cherchons ce qui paraît le plus juste d’un point de vue émotionnel et comment transcender le tout par l’image. Puis je confie à l’équipe ce document très complet qui rassemble mes influences (films, musiques, costumes…), ainsi qu’une sorte de story-board composé de photos prises lors de ce pré-découpage. Chacun sachant précisément ce qu’il a à faire en arrivant sur le plateau, je peux me concentrer essentiellement sur mes acteurs ». Carine Tardieu tient de surcroît à ce que ses comédiens soient scrupuleusement respectueux du texte écrit, du moindre mot. Il n’est pas pensable à ses yeux de modifier les dialogues, ni d’improviser. Alors qu’elle a étonnamment choisi des comédiens qui adorent proposer des choses, imaginer leur personnage avec d’autres nuances. Elle-même avoue que ça a été une lutte pour obtenir ce qu’elle avait décidé, sans le moindre écart.

Puisque l’équipe tournait avec un jeune enfant et des bébés, ce sont eux qui jouaient toujours les premières scènes d’une journée de tournage, pour respecter leur temps de présence sur le plateau. Comme l’explique la directrice de la photographie Elin Kirschfink, dans son entretien à AFC : « Pour faciliter les choses, Carine a pas mal utilisé de longues prises au cours desquelles elle peut faire reprendre un mot, une phrase, dont elle se servira au montage. Ceci afin de garder une certaine fluidité et ne pas rompre l’importance des premières prises. Sur ce genre de séquences, on doit être prêt tout le temps à la caméra ». Puisque les enfants étaient prioritaires, de nombreuses séquences de nuit ont été filmées en pleine journée, en calfeutrant les ouvertures de tissus noirs et épais pour l’opacité à la lumière. De plus il y avait une « hauteur du point de vue souvent très bas et de ce fait en contre-plongée », en raison de la taille des enfants. D’où une difficulté supplémentaire pour les équipes techniques.

Quant à la configuration environnementale, la production a choisi de tourner en décors naturels, à deux périodes distinctes, l’une à l’été 2023, l’autre en hiver, afin de distinguer différentes atmosphères météorologiques (avec toutefois quelques arrangements selon les obligations de chacun). Pour les appartements, ils réussirent à trouver deux appartements au sein du même immeuble, mais à un étage différent. Elin Kirschfink explique : « Ce face à face a été tricoté avec le découpage, et grâce à cette situation on pouvait très facilement garder une certaine continuité dans le jeu en déménageant simplement d’un étage en fonction des scènes » (AFC). La sensation que les deux logements sont sur le même palier est indéniable, ce « sas » étant le lieu qui permet à chacun de se croiser, de tisser des liens inattendus, de créer un mouvement bilatéral entre des êtres qui a priori n’avaient rien à faire ensemble. Ce sont des chemins de vie qui se combinent, qui se rassemblent, et qui créent de nouvelles harmonies. Sans pour autant oublier les imperfections des personnages qui enrichissent ce cheminement, où chacun fait comme il le peut, mais avec un attachement de plus en plus profond. Les ellipses nous permettent d’observer l’évolution de ces liens à travers des âges différents de la petite Lucille. Mais c’est Elliot qui est le moteur, les sentiments des personnages se révélant au fur et à mesure de l’insistance du petit garçon. Une nouvelle famille prend forme, celle que les personnages ont choisi.

Carine Tardieu aime à parler de ses influences cinématographiques. Claude Sautet reste un cinéaste dont elle revoit les films à chaque fois qu’elle prépare un film, pour « cette manière qu’il avait d’être au plus près de ses acteurs, son art du champ contre champ, qui n’a de cesse de me fasciner ». Pour « L’attachement » en particulier, elle cite « Kramer contre Kramer » de Robert Benton, et « Kolya » de Jan Sveràk, où des hommes élèvent seuls un enfant. Mais il y a aussi « Boyhood » de Richard Linklater, « pour sa gestion des ellipses, et donc du temps qui passe, et les liens familiaux ». Et les films du réalisateur Noah Baumbach, « qui sait dépeindre les sentiments les plus complexes avec une apparente simplicité, pour ses cadres aussi » (AFC). Et enfin elle a conseillé à Vimala Pons, qui joue Emilia, la nouvelle petite amie d’Alex, de visionner « Tendres passions » de James Brooks, pour l’énergie du personnage joué par Debra Winger. Et afin d’enrichir les morceaux musicaux déjà choisis pour intégrer le scénario, la cinéaste a combiné une playlist qu’elle a, avant le tournage, fait écouter à son équipe et ses comédiens. Pour procurer une ambiance, un ton. Puis finalement certaines de ces chansons ont été insérées dans le film, dont quelques titres d’Eric Slabiak, pour ses inspirations des Balkans : « C’est le personnage d’Emilia, d’origine roumaine, qui m’a dans un premier temps inspiré ces ambiances d’Europe de l’est, mais au montage, elles se sont imposées tout au long du film (…). Lorsqu’elle semble légère, cette musique se teinte de mélancolie, ou à l’inverse, lorsqu’elle apparaît infiniment dramatique voire plaintive, elle finit toujours par céder à une certaine gaité. Cette dualité s’est révélée fondamentale pour que ce film, lesté dès sa première demie heure par l’annonce de la mort de la mère, ne sombre jamais dans les abysses et bascule toujours du côté de la vie » (Allo ciné, Carine Tardieu). Et effectivement « L’attachement » est une ode à la vie. La cinéaste filme avec délicatesse l’ensemble de ses personnages, en nouant finement des liens qui évoluent sensiblement. Cette variation des émotions nous entraîne et nous mène vers cet attachement inaltérable, d’une profonde humanité.

 

Réalisatrice : Carine Tardieu / Scénaristes : Carine Tardieu, Raphaële Moussafir et Agnès Feuvre / Directrice de la photographie : Elin Kirschfink / Chef décoratrice : Pascale Consigny / Scriptes : Anaïs Sergeant, Bénédicte Darblay / D’après l’œuvre d’Alice Ferney / Production : Karé Productions / Coproduction : France 2 Cinéma, UMedia / Distribution : Diaphana Distribution / Actrices et acteurs : Valeria Bruni Tedeschi (Sandra), Pio Marmaï (Alex), Vimala Pons (Emilia), Raphaël Quenard (David), César Botti (Elliot), Mélissa Barbaud (Cécile), Catherine Mouchet (Fanny, mère de Cécile), Marie-Christine Barrault (Mère de Sandra)

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