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Mirabell Studio - Les idoles Ecriture et mise en scène de Christophe Honoré Au théâtre de la Porte Saint-Martin du 18 janvier au 6 avril 2025

Les idoles Ecriture et mise en scène de Christophe Honoré Au théâtre de la Porte Saint-Martin du 18 janvier au 6 avril 2025

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L’écrivain, dramaturge et réalisateur Christophe Honoré livre un bel hommage à six mentors qui tinrent une place particulière dans sa vie de jeune homme, mais aussi dans sa construction créative et intellectuelle. Six créateurs morts du sida, qui restent à tout jamais ses idoles, et que Christophe Honoré nous permet de rencontrer, sur une scène de théâtre, avec à la fois une tendresse et une exaltation brûlante. Il convoque ainsi Cyril Collard, Hervé Guibert, Serge Daney, Jacques Demy, Jean-Luc Lagarce et Bernard-Marie Koltès.

 

Les fantômes que nous voyons apparaître devant nous ont tous disparu entre 1989 et 1995, happés par les ravages de ce virus assassin. Ce sont tout d’abord les mots de Christophe Honoré que nous entendons, par le biais d’une voix-off qui résonne dans ce décor de passage à la fois urbain et souterrain. Il raconte la révélation, lors de son arrivée à Paris, que « Jours étranges », spectacle de danse chorégraphié par Dominique Bagouet, lui procura. Et cette terrible découverte : ce chorégraphe était mort depuis peu du Sida. Et il rajoute : « C’était l’époque où tous les artistes dont je tombais amoureux mouraient du Sida ». Né en 1970, C. Honoré a eu 20 ans en 1990. Les idoles qu’il va nous présenter sont des hommes partis trop tôt, à un âge où il y a encore tant de choses à réaliser, passionnés par l’art, la littérature, le théâtre. Et qui assumaient ouvertement leur homosexualité, hormis l’un d’eux : Jacques Demy. Ces six personnes vont alors entrer sur scène, en dansant, sur la musique hypnotique et psychédélique des Doors, « When the Music’s Over ». Tout le plateau est alors habité par ces six individus qui se déplacent, à chacun sa manière, en se mouvant à travers l’immensité de la scène. Vont ensuite s’entremêler la vie et la mort, le désir et la haine, l’amour et la honte, en une communion caverneuse, venant de l’au-delà mais terriblement présente. Ces six corps qui n’ont pas eu le temps d’atteindre leur vieillesse (Collard, Koltès, Guibert et Lagarce sont morts entre 36 et 41 ans ; Daney à 48 ans et Demy à 59 ans) se présentent à nous vivants, déployant leurs membres avant de s’exprimer, fumer, débattre entre eux. Ces six créateurs n’étaient pas liés intimement. Mais beaucoup de choses les relient. Ils étaient écrivains, réalisateurs, dramaturges, homosexuels, et la nuit certains fréquentaient régulièrement des lieux clandestins de Paris, où l’interdit et l’exclusion s’effaçaient un moment lors de rencontres audacieuses et imprudentes, éphémères, au bout desquelles la mort pouvait s’inviter, sans qu’ils s’en aperçoivent. Le décor créé par le scénographe Alban Ho Van s’imprègne de tout cela. Christophe Honoré explique : Alban Ho Van « a imaginé une structure, une scénographie où tout le fond du théâtre est visible, c’est vraiment des cages de scène, et le décor va voyager selon les villes où on va présenter le spectacle, et à chaque fois la cage de scène sera différente. Et en revanche, en amont, on a essayé de trouver un lieu qui évoque à la fois un lieu public : en plein jour, métro, entrepôt, quai de gare, mais qui sont aussi des lieux habituellement fréquentés la nuit d’une manière beaucoup plus clandestine et notamment qui étaient des lieux de drague homo. (…) Donc on a essayé de créer comme ça un lieu souterrain ». Et cela en pensant aussi au film « Parking » de Jacques Demy, « où les enfers sont dans un parking. (…) Comme un lieu de passage où les morts et les vivants peuvent soudain se croiser » (Théâtre contemporain.net : « Les idoles » par Christophe Honoré, genèse et présentation). Cette grande cavité urbaine habite la scène le temps d’un moment suspendu, où ces rencontres de personnages vêtus comme dans les années 90 nous bouleversent mais aussi nous amusent.

Christophe Honoré a élaboré son processus de création en union totale avec tous ses comédiens. Il a utilisé l’écriture de plateau, qu’il avait déjà pratiqué lorsqu’il avait créé « Nouveau roman », où déjà il redonnait vie à des écrivains tels que Duras, Sarraute, Robbe-Grillet…

Pour « Les idoles », il a donc en premier lieu fait ce qu’il nomme « un travail de transmission avec les comédiens », avec « d’énormes dossiers dramaturgiques qu’ils essaient comme ça d’appréhender » pour créer « l’imaginaire de la personne qu’ils sont censés jouer sur scène » (Christophe Honoré à Radio France). A partir de ces nombreux documents, investigations et observations, les comédiens créent et donnent vie à leur personnage, en improvisant devant le metteur en scène qui les filme inlassablement. Ces différentes impros peuvent parfois durer plus d’une heure, faisant surgir un matériau d’écriture foisonnant. Ainsi, Christophe Honoré passe ses soirées à les visionner, pour ajuster et approfondir la substantifique moelle de ses personnages et la structure de sa pièce. C’est ainsi que le travail de création évolue, mais aussi que la mise en scène s’élabore et s’enrichit. Les six idoles de Christophe Honoré ne sont pas toutes jouées par des hommes. Marina Foïs entre dans la peau d’Hervé Guibert, tandis que Marlène Saldana entre dans celle de Jacques Demy. Cyril Collard, lui, est interprété par Harrison Arevalo, comédien qui a grandi au Chili et qui n’avait jamais entendu parler ni de son personnage, ni de son film « Les nuits fauves » (1992). Ce film fut un séisme à une époque où le Sida n’était que peu frontalement abordé, et remporta quatre Césars que Cyril Collard n’eut pas la chance d’apprécier puisqu’il mourut à 36 ans du Sida, trois jours avant la cérémonie. Le metteur en scène et dramaturge Jean-Luc Lagarce est quant à lui joué par Julien Honoré. Lui aussi ne cachait pas sa maladie, jusqu’à être interrogé sur sa mort prochaine à la radio. Depuis sa disparition, à 38 ans, sa notoriété s’est fortement accrue et il est l’un des auteurs contemporains les plus joués dans les théâtres français. Bernard-Marie Koltès, lui, fut connu plus précocement grâce aux mises en scène de Patrice Chéreau. Il disparut à l’âge de 41 ans. Et c’est le très jeune Paul Kircher qui habite le dramaturge. Enfin, c’est Jean-Claude Clichet qui fait revivre le journaliste et rédacteur en chef des « Cahiers du cinéma » (puis de « Libération ») Serge Daney. Celui-ci n’hésitera pas à parler du fléau qui le touche, le Sida, pour ne pas rester caché et toucher ceux qui ne veulent pas ou ont peur d’entendre ces vérités.

Tous ces personnages se heurtent, se touchent, échangent, ironisent, rient, avec des instants de grâce qui émeuvent mais aussi amusent le public. Une des premières questions que l’un d’entre eux pose aux autres, c’est de savoir de quelle promo ils sont. Celle de Freddie Mercury ou bien celle d’Anthony Perkins ? La promo, c’est l’année de leur disparition, alors que la mort faisait des ravages innombrables. D’autres questionnements tâtonnent tout au long de la pièce, dont la responsabilité de chacun de ne pas cacher sa maladie, pour au contraire libérer la parole à une époque où la peur habite une population qui ne sait finalement pas grand-chose de la réalité que vivent les personnes atteintes du Sida. C’est ce qui est alors reproché à Jacques Demy par les autres idoles, puisque tout le monde ignorait son homosexualité, mais aussi la raison de son décès, et cela à la demande d’Agnès Varda qui n’annoncera qu’en 2008 (18 ans après sa disparition) qu’il est mort du Sida. Mais c’est évidemment avec une grande tendresse que Christophe Honoré nous présente Demy, grand cinéaste si important à ses yeux, et être énigmatique.

Tous ces échanges sur la honte, la colère, la sexualité, l’intimité, l’intensité du désir, libèrent cette parole nécessaire à un travail de mémoire, de la part d’artistes et intellectuels qui ont tant compté. Et puis il y a la réalité de la souffrance, si terriblement décrite par Marina Foïs lorsqu’elle fait son monologue sur l’agonie et la mort de Michel Foucault qu’elle surnomme Muzil, extrait d’« A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » d’Hervé Guibert. En arrière-plan, une immense photo de Foucault en noir et blanc habite cette scène qui témoigne avec une grande pudeur de la pénible évolution de la maladie jusqu’au crépuscule du philosophe. Hervé Guibert, à travers ses œuvres, ne cessera de parler de la maladie, jusqu’à participer à une émission de Pivot pour qu’enfin les gens ne se détournent pas et affrontent leurs angoisses en considérant tous ces gens qui souffrent.

Mais n’oublions pas que cette pièce est emplie de moments cocasses et surprenants. Marlène Saldana, qui est Jacques Demy, nous présente un numéro burlesque et jouissif, si extravagant que nous sommes scotchés et ravis de cette danse, de ce voguing où elle performe avec fracas. Ne portant sur son corps qu’un manteau de fourrure et des chaussures à talons bleues, elle se démène sur la musique d’un film de Demy. Et nous sommes émus d’entendre « La chanson d’un jour d’été » (« Les demoiselles de Rochefort »), mais aussi une musique extraite des « Parapluies de Cherbourg ». Bernard-Marie Koltès, lui, nous permet d’entrevoir John Travolta. Et nous participons à la cérémonie des Césars où Cyril Collard vient enfin recevoir ses statuettes ! Christophe Honoré fait apparaître au passage Rock Hudson et Elizabeth Taylor, lui mort du Sida, et elle s’engageant dans ce laborieux combat contre ce virus mortifère.

Christophe Honoré nous invite ainsi à un spectacle vivant, jubilatoire, saisissant, émouvant, où la mort côtoie la vie dans cette nouvelle danse qu’il offre à ses idoles à jamais présentes dans son cœur. Ces figures emblématiques d’une époque marquée par la tragique hécatombe due au Sida nous emmènent avec eux, si amoureux de la vie et condamnés trop tôt au couperet de la maladie.

 

Ecriture et mise en scène : Christophe Honoré / Scénographie : Alban Ho Van / Lumières : Dominique Bruguière, assistée de Pierre Gaillardot / Costumes : Maxime Rappaz / Assistante à la mise ben Scène : Christèle Ortu / Assistant dramaturgie : Timothée Picard / Avec : Marlène Saldana (Jacques Demy), Marina Foïs (Hervé Guibert), Harrison Arévalo (Cyril Collard), Jean-Charles Clichet (Serge Daney), Julien Honoré (Jean-Luc Lagarce), Paul Kircher (Bernard-Marie Koltès)

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