Tous Léger ! Au musée du Luxembourg du 19 mars 2025 au 20 juillet 2025
Le Musée du Luxembourg nous livre une conversation tout à fait inédite et exempte de filiation directe, entre les œuvres de Fernand Léger et celles de nombreux artistes issus du Nouveau Réalisme, ainsi que de certains courants artistiques comme le Pop Art. Cette exposition nous permet de voyager à travers les langages esthétiques et créatifs de chacun pour en explorer les multiples résonances, mettant ainsi en exergue les différentes passerelles qui émergent au fil des salles où se côtoient ces personnalités engagées.
« Tous Léger ! » Voici l’illustre artiste, Fernand Léger (1881 – 1955), immense figure de l’avant-garde de la première moitié du 20ème siècle et un des pionniers de l’art moderne qui, à travers quelques œuvres choisies, nous livre ses intuitions à travers ses créations, dont l’aspect visionnaire est manifeste. Ses recherches picturales révèlent sa curiosité à l’égard de la vie industrielle et urbaine, de son intérêt pour les objets du quotidien, en dissociant les couleurs et les lignes, s’éloignant ainsi de l’illusion du réel. Il utilisait d’ailleurs l’expression « nouveau réalisme », que lui-même avait inventé lorsqu’il réalisa avec Man Ray et Dudley Murphy le film expérimental « Ballet mécanique » (1924).
Et c’est à partir de quelques œuvres de Léger que l’exposition prend forme, sous forme d’un dialogue, où nous sommes éblouis par des couleurs flamboyantes, une multiplicité de formes en mouvement, mais aussi par la réinvention des objets du quotidien. Et cela en conversant avec le mouvement des « Nouveaux Réalistes », créé en 1960 par le critique d’art Pierre Restany, où nous retrouvons Yves Klein (1928 – 1962), César (1921 – 1998), Arman (1928 – 2005), Martial Raysse (né en 1936), Daniel Spoerri (1930 – 2024), Niki de Saint Phalle (1930 – 2002) … D’autres artistes de mouvements différents viennent aussi se greffer, comme Roy Lichtenstein (1923 - 1997) ou encore Keith Haring (1958 – 1990)…
Les Nouveaux Réalistes ressentaient une forte attraction pour la modernité, même s’ils n’hésitaient pas non plus à la critiquer. Car leurs engagements résonnaient vivement avec les questionnements sociaux, environnementaux, économiques et politiques de leur époque. Tous ces créateurs avaient une démarche non pas axée sur la représentation pure du réel, mais plutôt orientée vers une vision plus poétique. Comme si la vie commune, ordinaire, possédait une certaine poésie que ces artistes désiraient exprimer, à travers une démocratisation de l’art, adressée à absolument tout le monde. Dans « Beaux Arts » on nous explique que la chronologie de l’exposition, intitulée « Une histoire de geste », montre à quel point la génération des Nouveaux Réalistes a inventé des gestes créatifs radicaux (accumuler / vider / remplir / compresser / brûler…), en prise avec la matérialité du monde plutôt qu’avec sa représentation. (…) Tous avaient en commun l’idée que l’art peut changer la société ». Que ce soit pour Fernand léger ou bien pour les autres artistes, l’art est inconstant, mouvant, protéique, annihilant toute limite et interpellant chacun d’entre nous.
Nous pouvons parcourir cette exposition à travers quatre thématiques, impliquant différents aspects de l’incidence de Fernand Léger sur tous ces artistes dont nous découvrons la variété des palettes créatrices. Ces quatre axes incluent d’abord les cinq éléments (l’eau, la terre, le feu, l’air et la couleur) où dialoguent nature et modernisme. Ensuite nous nous promenons au sein de « La vie des objets », puis « L’art c’est la vie », et enfin « Le beau est partout ». Cette dernière thématique inscrit la couleur dans l’espace, avec un art de rue, perceptible par tous. L’art s’insère alors dans le paysage urbain. Des artistes comme Fernand Léger et Niki de Saint Phalle sollicitent ces particularités d’accessibilité et de popularité de leurs créations, à travers un émerveillement dû à une explosion de couleurs éclatantes et à une prédilection pour la rondeur des formes qui frémissent et nous enchantent, impulsant de la vie, de la joie et du dynamisme dans l’espace public.
De belles céramiques et mosaïques de ces deux artistes sont aussi mises en lumière, comme un émerveillement supplémentaire à cette créativité sans limite, parfois monumentale. Puis nous croisons un Keith Haring, qui admirait tant Fernand Léger et qui, comme lui, magnifiait « la puissance vitale émanant de l’union des peuples » (Beaux Arts). Comme l’affirme l’artiste : « Je n’aurais certainement pas pu faire les formes colorées et les dessins au trait noir sans connaître Léger ».
Ce voyage resplendissant au gré d’un dialogue inédit et original entre Fernand Léger et tous ces artistes, dont de nombreux Nouveaux Réalistes, est une exploration passionnante qui révèle la beauté inattendue des objets et des gestes du quotidien et procure une dimension poétique à ces œuvres insolites.
Pour Fernand Léger, l’art n’était pas l’exclusivité des musées. Il devait se répandre dans l’espace public, pour provoquer de la joie, et s’adresser à tous.
Commissaire générale de l’exposition « Tous Léger ! » : Anne Dopffer, Directrice des musées nationaux du XXème siècle des Alpes-Maritimes / Co-commissaires : Julie Guttierez (Conservatrice en chef du patrimoine au Musée National Fernand-Léger de Biot) et Rébecca François (Commissaire des expositions au MAMAC de Nice)