Ducournau, ou comment transformer le Titane en or

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Titane, deuxième long métrage de Julia Ducournau, est un pur film de genre qui succède à
Grave, film ayant lui aussi fait couler beaucoup d’encre. En effet, Ducournau nous propose des films où la monstruosité de l’être humain est sublimée.

Une monstruosité qui n’est non pas moquée ou marginalisée, mais, une fois sublimée nous est donné à observer pour nous améliorer. Il est donc logique que la réalisatrice ne ménage pas son public dans ses ouvrages. Elle se construit donc un cinéma, et cela en seulement deux films, très marqué et s’adressant à un public averti.

 

Ducournau, comme pour Grave, est la scénariste et réalisatrice de cette nouvelle palme d’or, qui n’avait pas été attribuée à une femme depuis 1993. Elle a récupéré une partie de son équipe pour ce nouveau film. Nous pouvons notamment citer le directeur de la photographie Ruben Impens, (le film étant une production franco-belge, ne l’oublions pas). C’est d’ailleurs Frakas Production, société de production belge francophone, qui a aussi coproduit Grave, qui produit ce nouveau film. Garance Marillier, actrice principale du premier film, possède dans ce long métrage un rôle secondaire. Ducournau poursuit sa collaboration avec son monteur Jean-Christophe Bouzy, qui l’accompagne depuis son premier court-métrage à la semaine de la critique à Cannes : Junior. Ducournau va rajouter de nouvelles têtes, comme ses deux acteurs principaux, tout en conservant une ossature connue. Cela a dû être utile lorsque nous savons comme le tournage a semblé difficile et épuisant.

 

Dès la scène d’introduction, nous pouvons observer qu’une caractéristique essentielle du personnage nous est dévoilée : après un accident de voiture dans sa jeunesse, Alexia, jouée par Agathe Rouselle qui est une découverte complète, se fait implanter du titane directement à l’intérieur du crâne. Ducournau introduit ainsi le transhumanisme de façon rapide dans le film. En effet, la modification du corps humain sera au centre du long métrage. Ces transformations du corps seront d’ailleurs présentes aussi chez le deuxième personnage principal joué par Vincent Lindon, dont le protagoniste va emprunter le prénom. L’opération d’Alexia lui fait donc se faire implanter du titane dans son organisme, ce qui est courant dans ce genre d’opération. Cependant, cette modification va déclencher un changement chez le personnage qui va dorénavant posséder plus d’émotions, quelles qu’elles soient, pour les véhicules, ces derniers étant constitué de titane, plutôt que pour les humains. Cela peut s’observer avec la danse filmée en plan séquence où Alexia ne s’intéresse non pas aux individus l’entourant mais directement à son véhicule. Alexia va d’ailleurs avoir des rapports sexuels avec celui-ci. Nous pouvons d’ailleurs observer que cette indifférence envers les humains se traduit par la découverte de l’activité de meurtrière du personnage. Là où le premier meurtre du film pourrait s’expliquer par l’auto-défense, les suivants sont effectués sans le moindre remord. Cette absence d’émotion passe aussi par sa relation avec ses parents, qu’elle va finir par brûler.

Nous suivons donc un personnage glacial, devenu presque robotique de par la transformation de son corps. Cependant, nous ne nous sommes pas encore assez intéressé à la matière implantée qui donne, tout de même, le nom au film : le titane. En effet, même si le fait d’utiliser le titane peut sembler anodin pour une opération de ce genre, il possède plusieurs caractéristiques qui font écho au film. Le titane est un corps résistant et il survit au feu. Cela fait écho à la manière d’Alexia d’assassiner ses parents ainsi qu’à sa voiture peinte avec des flammes, mais aussi au métier de son futur père de substitution qui est pompier. Le titane est aussi biocompatible, ce qui le désigne comme compatible à l’épanouissement du vivant, renvoyant à l’opération qui a sauvé Alexia. C’est donc bien un être vivant qui nous est montré et non une simple machine. C’est un métal de transition, évoquant la future transformation du personnage, qui cette fois ne sera pas physique mais interne et émotionnel.

Maintenant recherché, Alexia va avoir l’idée de se faire passer pour le fils disparu de Vincent, et donc devoir se travestir. Elle va métaphoriquement disparaître en cachant son véritable sexe et donc son identité. Nous découvrons alors Vincent, lui aussi modifié à l’aide d’injections qu’il s’injecte directement. Il est pompier, bodybuildé et dopé à la testostérone. Ce personnage, en grand manque d’amour depuis que son fils a disparu et que sa femme l’a quittée, va alors tout faire pour aimer ce fils retrouvé, qui ne parle pas, se montre très méfiant et est très efféminé. Cette fois, alors qu’elle possède l’occasion de tuer Vincent, elle va le sauver après qu’il se soit infligé trop de piqures. Le titane est la rencontre du chaud et du froid, du métal et du feu. Le métal et le froid sont alors symbolisés par Alexia, de par son opération et son comportement glacial, alors que Vincent représente le feu par son métier et le chaud par son caractère cherchant quoi qu’il en coûte l’amour et son impulsivité. Mais le titane est un métal utilisé dans les alliages, et permet donc le rapprochement. C’est pour cela qu’au lieu de tuer Vincent et de s’échapper, elle le sauve. Et c’est aussi pour cette raison que Vincent va devenir plus calme et modéré.

Là où Ducournau faisait dans Grave une sorte d’ironie dramatique où le personnage passait de végétarien à cannibale, c’est une transformation interne complète que nous propose Titane. L’alliage de transition fait donc son effet. L’intention de placer le film dans le milieu de la caserne des pompiers permet aussi de montrer, outre l’importance du feu, un milieu considéré comme assez masculin et viril, intégré par une femme cachant son identité. Nombres de remarques venant des pompiers seront dirigées envers Adrien, donc Alexia, sur son physique frêle et sa difficulté à s’affirmer.

Cette difficulté va être résolue par la danse, Ducournau aurait d’ailleurs précisé dans une interview que la danse était très importante dans ce film et il n’est pas surprenant d’apprendre que de la musique était souvent directement présente sur le plateau. La scène du camion, qui fût pensée durant le tournage, va être celle où Alexia va danser et alors finalement se révéler aux autres en se réappropriant son corps et donc son identité. La scène de danse la plus importante n’est pourtant pas, de notre point de vue, cette dernière mais plutôt la première scène de fête des pompiers. Depuis ce qui est supposé être son retour chez Vincent, ce dernier essaie de faire danser Alexia mais n’y arrive jamais, cette dernière étant trop fuyante. Cependant, lors d’une célébration chez les pompiers, Alexia va décider d’aller d’elle-même danser avec ce qui devient alors son père de substitution. L’alliage a été effectué. Cela se ressent dans différentes scènes, et notamment la rencontre avec la mère d’Adrien où Alexia se réfugie explicitement derrière Vincent comme un enfant apeuré. Malheureusement, après la scène de danse sur le camion, Vincent part presque humilié que son supposé fils se soit affichée de manière aussi féminine devant la brigade.

Cependant, Vincent va posséder comme premier réflexe d’aider Alexia dès qu’il la voit accoucher de manière étrange et dans la douleur, car son opération de titane s’est propagé dans tout son corps. Vincent va alors faire naître un enfant-cyborg et va le porter dans ses bras, montrant qu’il l’adopte. Lors de son discours de remise de la palme d’or, Ducournau a remercié le jury de laisser rentrer les monstres dans le cinéma et a aussi déclaré qu’elle souhaitait un « monde plus fluide et plus inclusif ». En effet, le film parle de monstre non pas dans un jugement mais permettant de pointer du doigt ce qui sublime le vivant. En parlant de ces personnages Ducournau évoque des sujets comme l’appropriation de son corps et son rapport à l’identité, au transhumanisme ainsi qu’à l’amour, qu’il soit sexuel ou familial.

Vous l’aurez peut-être remarqué, mais pour une critique de Titane, nous n’avons pas encore évoqué la violence montrée à l’écran. En effet, le film est interdit au moins de 16 ans et a fait polémique lors de sa sortie à cause de certains médias pointant du doigt la violence extrême du long métrage et des crises que certains individus avaient subi durant le visionnage. Certes le film va nous faire observer des moments de sévices possédant la capacité de rebuter certains spectateurs ainsi que des scènes de meurtres ne nous épargnant pas le spectateur. Cette violence n’est dès lors pas gratuite et permet de mettre en valeur cet amour qui semble si beau par rapport à là où nous avons rencontré le personnage. Lors de la scène de l'accouchement, c'est tout le parcours psychologiques de Vincent qui arrive à son terme. En adoptant l’enfant Vincent adopte le monstre et devient alors plus tolérant, et adopte alors aussi ce que Ducournau pense être la marche à suivre.

 

Date de sortie: 14/07/2021 - Réalisé par Julia Ducournau - Scénario de Julia Ducournau - Directeur de la photographie : Ruben Impens - Production : Jean Christophe Reymond, Kazak Productions, Frakas Production - Distribution : Diaphana Distribution(France), Agora Films(Suisse), Entract Films(Québec), O'Brother Ditribution(Belgique). 

Illustration Ducournau, ou comment transformer le Titane en or

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