regard, n. m. (v. 1120). Fig, : Action de considérer un objet par l'attention, par l'esprit.
Laissez-nous vous partager ce qui nous a touché, ému, inspiré et découvrez qui nous sommes.
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« Suzanne » est un film à la fois lumineux, intense et foudroyant. Il révèle avec passion et émotion le destin d’une famille que la mort trop précoce d’une maman a viscéralement touché.
Katell Quillévéré nous dévoile les liens qui unissent les trois personnages que sont Suzanne (Sara Forestier), sa sœur Maria (Adèle Haenel) et leur papa Nicolas (François Damiens), sur une durée de vingt-cinq années.
Le film débute sur une séquence où Suzanne, enfant, participe à un spectacle auquel assistent son père et sa petite sœur Maria, dont les regards bienveillants illustrent la tendresse et la puissance relationnelle qu’ils entretiennent. La réalisatrice pose dès le départ tout son principe narratif : Nicolas et Maria seront toute leur vie spectateurs malheureux de la vie de Suzanne. Puis Katell Quillévéré poursuit par une scène de pique-nique familial autour de la tombe de la maman nous signifiant déjà l’incroyable force du lien qui unit des êtres qui s’aiment.
Suzanne est au cœur de cette histoire et fait basculer la destinée de ses proches par ses actes qui déferlent avec la force et l’impétuosité de sa jeunesse. A l’adolescence elle annonce à son père qu’elle est enceinte et prend la décision de garder son enfant qu’elle prénommera Charlie. Puis lorsqu’elle a une vingtaine d’années elle rencontre un jeune malfrat à la mine angélique, Julien (Paul Hamy), et c’est l’amour fou. Au point de le suivre dans ses exactions et de tout plaquer : la relation fusionnelle avec sa sœur, son père et son fils. Leurs vies seront alors bouleversées et dévastées par le chemin escarpé et pavé d’obstacles de cette jeune femme écorchée vive, à la fois vulnérable et intrépide.
Suzanne réussira-t-elle à retrouver les siens, à résister aux épreuves de la vie pour de nouveau bâtir une nouvelle histoire aux côtés de sa famille ?
« Suzanne » est le second long-métrage de la cinéaste Katell Quillévéré, après « Un poison violent ». La réalisatrice fait souvent référence à la Suzanne d’ «A nos amours » de M. Pialat, qui l’a profondément touchée. Et pour l’élaboration du travail d’écriture, elle et sa co-scénariste ont été influencées par deux films. Le premier, « Il était un père » (1942) d’Y. Ozu traite de la relation poignante entre un père et un fils durant une vingtaine d’années et est organisé selon une structure elliptique temporelle étonnante. Le second est « Baptême » de René Féret qui conte sur presque trente ans l’histoire émouvante d’une famille. Quant à la composition des personnages, elle s’est nourrie des témoignages de femmes qui ont partagé la vie tourmentée et les affres de malfaiteurs. Leurs paroles divulguent l’enchevêtrement d’une intrépidité des actes avec les dispositions du cœur les assujettissant à une soumission dévastatrice. Voilà donc toute la partie de la genèse de « Suzanne », de ce récit d’une destinée tumultueuse qui rendra bien difficile le quotidien de ses proches, si désarmés et mutilés par ses absences.
Une structure narrative qui se nourrit de l’ellipse
Katell Quillévéré cimente formellement son film en usant de l’ellipse de manière magistrale.
Elle va privilégier la trajectoire sentimentale et émotionnelle de Suzanne plutôt que de filmer ses escapades coupables et assassines. Chaque césure temporelle, qui dure plusieurs années, cache des faits et des actes déterminants de la vie de Suzanne. Seules les conséquences de ses absences et de ses fautes délictueuses transpercent l’écran, à travers les traits et les expressions des visages, en montrant les relations compliquées qu’ont engendré le manque et les changements que Suzanne a provoqués dans la vie de chaque membre de cette famille.
Les cavales de Suzanne sont éludées, ses retours sont des instants de vie bouleversants, tragiques. Pour elle même, pour Nicolas, pour Maria et pour Charlie.
La cinéaste choisira même, à un moment, de nous faire partager l’absence de Suzanne. Tout en se consacrant à ses proches, elle nous invite à ressentir la toute puissance que la jeune femme a sur eux, sur leur quotidien, sur leur vécu. Même hors-champ, Suzanne est présente, à chaque seconde.
Maria, la lumineuse Adèle Haenel, se fragilise et ne fait que survivre à sa disparition, elle qui avait toujours protégé sa grande sœur. Elles sont toutes deux si fusionnelles que le parcours existentiel de Maria est totalement bouleversé par les évènements occasionnés par sa sœur. Son amour est incommensurable, sa volonté de rester droite et fidèle malgré les épreuves lui fait tenir le coup. Sans excès. Aux antipodes de Suzanne.
Quant à François Damiens, il joue avec une touchante sensibilité un père chauffeur-routier se consacrant complètement à ses filles, d’une manière malhabile mais tendrement affectueuse.
Tout l’univers du film transparaît grâce à cette dynamique du récit où les béances temporelles charpentent un mode elliptique dont les répercutions affectives sont poignantes.
Katell Quillévéré nous révèle une Suzanne qui veut se sentir vivante. Son héroïne est impulsive, vigoureuse, déraisonnable, mais elle est avant tout amoureuse. Et c’est ce que la cinéaste désirait avant tout : faire un « film d’amour de bout en bout, même si il y a un côté sombre, parfois violent ». Elle ne la juge pas. Elle transmet ses envies, sa passion, son irrépressible appétit pour la liberté même si sa quête est éperdue, exaltée et naïve. Sara Forestier la porte avec tant de sensibilité que nous sommes touchés par sa présence et son éclat. Mais ce n’est pas elle que l’on verra dans le dernier plan du film, mais Charlie, son fils, symbole de la transmission et de la continuité de la vie, malgré les épreuves.
Date de sortie : 18/12/2013 - Réalisation de Katelle Quillévéré - Scénario de Mariette Désert et Katelle Quillévéré - Acteurs : Sara Forestier, François Damiens, Adèle Haenel - Photographie de Tom Harari - Production : Move Movie - Distribution : Mars Distribution
« L’hiver des hommes » est un livre bouleversant qui nous plonge dans l’univers de la République serbe de Bosnie lors du voyage en 2010 d’un écrivain français, Marc. Cet homme (alter ego de Lionel Duroy) est depuis bien longtemps préoccupé par la destinée des enfants de tortionnaires. C’est dans cet esprit qu’il s’intéresse au sort d’Ana, fille du général Mladic, qui fut commandant en chef des forces serbes lors du siège de Sarajevo. Cette jeune femme à l’avenir prometteur se suicida en 1994 avec le revolver favori de ce père qu’elle idolâtrait.
La thèse du suicide est très contestée par les partisans de Mladic qui ne cessent d’estimer cet homme à leurs yeux héroïques malgré l’accusation de génocide qui lui incombe. Ce sont justement les sympathisants du général que Marc va interroger au fil de ses rencontres, à Belgrade puis dans l’actuelle République serbe de Bosnie où il va longuement séjourner. Ceci afin d’écouter leurs souffrances, d’entendre les confessions inavouables et effroyables de ceux qui ont vécu cette guerre de l’intérieur.
C’est en particulier à Pale, autrefois village montagnard devenu la ville emblématique des serbes de Bosnie, que Marc pénètre dans un monde où les habitants vivent cloîtrés dans un état de désespérance affligeant. Ces femmes et ces hommes sont convaincus que la guerre contre leurs voisins croates et bosniaques était légitime. Ils narrent avec franchise les terribles crimes dont ils furent les auteurs mais considèrent que c’était de la légitime défense face aux actes de barbarie qu’ils ont eux-mêmes endurés.
Sans oublier la trahison qu’ils ont ressentie lorsque la France ne les a plus soutenu. Ce qui explique qu’ils sont au début très méfiants quant à l’arrivée de Marc sur leur territoire. Cet écrivain, qui porte en lui une relation au père douloureuse et fuit un épisode difficile de sa vie intime, n’est pourtant pas là pour prendre position et les condamner.
Marc : « (...) Il me semble qu’à chaque rencontre je comprends un peu mieux combien ce qu’ils vivent est effrayant. Ils ont obtenu les frontières qu’ils souhaitaient des accords de paix, mais ces frontières les condamnent à un isolement qui les précipite dans le malheur et la dépression. Néanmoins ils sont condamnés à défendre cet isolement, ces frontières, et même à en vanter les mérites pour ceux qui ont le plus souffert de la haine des autres. (...) Comment vont-ils survivre à cette folie ? »
Car c’est bien cet état de survie, face à l’héritage du passé, qui est au centre de cette histoire. Ce passé qui peut parfois s’avérer être un lourd fardeau avec lequel nous devons composer.
Lionel Duroy (né en 1949) fut un grand journaliste qui travailla pour « Libération » et « L’événement du jeudi ». Il participa de ce fait à la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995, et écrivit d’ailleurs un récit à ce sujet : « Il ne m’est rien arrivé » (voyage dans les pays en guerre de l’ex-Yougoslavie) en 1994.
Dans « L’hiver des hommes » il retourne dans cette ex-Yougoslavie et relate les conséquences tragiques de cette guerre fratricide. Le titre du livre se rapporte au rude hiver très enneigé de la ville de Pale où la population s’est renferméesur elle-même, autant moralement que géographiquement.
L’existence isolée de ces âmes errantes, au beau milieu denotre continent, l’Europe, nous amène non pas à juger mais à tenter de percevoir le ressenti et le vécu de ces hommes et de ces femmes broyés eux aussi par cette épouvantable guerre.
Lionel Duroy partage les émotions de ses interlocuteurs avec une sincérité touchante et témoigne du désarroi de chacun face à une destinée qu’ils n’ont pas choisi et qu’ils vivent comme une fatalité.
Nous avons actuellement la chance de pouvoir nous rendre dans deux msées pour contempler l’œuvre et le talent du peintre Giovanni Antonio Canal, plus connu sous le nom de Canaletto (1697 –1768). Le Musée Maillol lui consacre en effet une très belle exposition : Canaletto à Venise ; quant au Musée Jacquemart – André il nous propose de découvrir : Canaletto – Guardi : Les deux maîtres de Venise.
Le Musée Maillol nous permet de déambuler le long des canaux vénitiens grâce à une cinquantaine de tableaux signés Canaletto. Le peintre nous séduit grâce à ses nombreuses vedute qui illuminent cette manifestation. Le vedutisme, art de la représentation picturale d’une vue de ville, fut un mouvement artistique mis à l’honneur au 18èmesiècle en Italie et les peintres vénitiens de cette époque, dont les plus célèbres sont Canaletto et Guardi, lui consacrèrent tout leur talent. Il est très intéressant d’observer la manière dont Canaletto procédait pour réaliser ses vedute. Il aimait observer Venise et dessinait minutieusement sur ses carnets les moindres détails qui s’offraient à lui lorsqu’il parcourait la ville ; et il n’oubliait pas d’emmener sa précieuse camera obscura qui lui permettaitensuite de perfectionner la perspective de ses tableaux.
Le Musée Maillol nous initie ainsi au processus artistique du peintre en exposant dans la première sallecertains de ses carnets de dessin et une chambre optique (nous permettant de découvrir à quelle assistance technique elle servait). Cette mise en exergue de l’élaboration créatrice de l’artiste n’enlève rien à la magie de ces magnifiques vues où règne une belle harmonie aux lueurs vénitiennes uniques et un esprit du détail d’une méticulosité inouïe. Mais ne vous leurrez pas : Canaletto ne retranscrit pas la réalité. Il nous en offre une interprétation subjective. Ses carnets regorgent de différents points de vue pour un même emplacement et lui permettent d’insérer plusieurs perspectives dans un même tableau. Notre champ visuel ne serait pas apte à saisir toute l’étendue de certaines vedute !
Vous tomberez sûrement sous le charme de ce peintre vénéré en son temps, et dont les commandes affluaient sous le joug de son mécène, Joseph Smith, qui le poussa même à quitter l’Italie pour l’Angleterre (où il resta une dizaine d’années) afin de satisfaire les illustres collectionneurs britanniques. Canaletto, maître incontournablede la peinture vénitienne du 18èmesiècle, fut admis à l’Académie vénitienne en 1763.
Et c’est au Musée Jacquemart – André que vous serez à même de découvrir d’autres toiles illustres de Canaletto mises en parallèle avec les œuvres de Francesco Guardi (1712 –1793), l’autre grand maître de l’art de la veduta. La subtilité des différentes variations entre les deux peintres est passionnante. Les vedute de Guardi ont leur personnalité propre. La lumière et la chaleur de la gamme chromatique y dégagent une forte émotion, une sensibilité artistique vibrante.
N’hésitez donc pas à découvrirces deux expositions jusqu’au 21 janvier 2013 pour Canaletto - Guardi (Musée Jacquemart – André) et jusqu’au 10 février 2013 pour Canaletto à Venise (Musée Maillol). Bon voyage !
Un photographe aux aguets (1902 – 2002)
Manuel Alvarez Bravo, que l’on surnomme avec respect et admiration Don Manuel, nous a laissé une œuvre photographique immense et incontournable, gravée dans la culture mexicaine du 20ème siècle.
Le musée du Jeu de Paume nous permet actuellement (et cela jusqu’au 20 janvier 2013) de découvrir près de 150 photographies issues d’une recherche artistique qui dura près de 80 années. Don Manuel, qui vécut jusqu’à l’âge de 100 ans, est né à Mexico en 1902 au sein d’une famille modeste. Il s’intéressera très tôt à la photographie et parviendra rapidement à en faire son métier, à s’y consacrer pleinement.
L’exposition qui nous est présentée s’articule autour de 8 mots-clés (« Voir », « Marcher », « Construire »...) ce qui permet non pas de classer ses photos chronologiquement, mais de découvrir une œuvre poétique singulière et envoûtante mettant en exergue une interrogation formelle et un art de la composition absolument prodigieux.
Les différentes expérimentations iconographiques d’Alvarez Bravo, son incessant cheminement à travers ce pays qui était le sien, le Mexique, avec lequel il se sentait en totale symbiose, son travail assidu et son sens de l’observation, sont autant de questionnements qui feront de lui un grand artiste de la contemplation. Le photographe n’hésitait jamais à rester des heures au même endroit, pour obtenir la lumière qu’il espérait tant. Son œil contemplait le monde et le fixait à jamais sur la pellicule, en prenant le temps... inlassablement.
Dans sa préface de l’exposition « Mexique » (Paris, 1939), André Breton écrivait : « ...Tout le pathétique mexicain est mis par lui à notre portée : où Alvarez Bravo s’est arrêté, où il s’est attardé à fixer une lumière, un signe, un silence, c’est non seulement où bat le cœur du Mexique mais encore où l’artiste a pu pressentir, avec un discernement unique, la valeur pleinement objective de son émotion. » Bel hommage que celui de Breton envers cet artiste empreint d’une sensibilité et d’une humanité touchantes.
Vous découvrirez une œuvre scrupuleusement composée, essentiellement réalisée en noir et blanc. Alvarez Bravo s’essaya tout de même à la couleur, dont on peut découvrir quelques clichés aux teintes orangées exacerbées (et magnifiques !). Il s’interrogera ainsi sur les techniques relatives à la pellicule couleur et au polaroïd.
Quant au cinéma, cette rétrospective nous invite à saisir l’importance qu’il représentait pour Don Manuel. Il fit des expérimentations en Super-8 mais fut, à plusieurs reprises, photographe de plateau (entre autres pour Bunuel).
Mais il est préférable que vous découvriez le cheminement artistique de Manuel Alvarez Bravo par vous-même : ce grand nom de l’art photographique moderne le mérite assurément.
Le musée Marmottan Monet accueille jusqu’au 11 novembre 2012 une quarantaine de tableaux du peintre Henri Rouart qui fut un condisciple des impressionnistes tant par son talent pictural que par sa générosité de mécène.
Henri Rouart, polytechnicien et grand industriel, entretint tout au long de sa vie une belle et grande amitié avec Degas (ils se connurent au lycée). Passionné d’art, il s’instruisit à la peinture auprès de Millet et Corot, et pratiqua assidûment sa passion à l’instar d’un souffle régulier au milieu d’une vie professionnelle riche. Au fur et à mesure des années, il acheta nombre de toiles dont le nom des auteurs nous fait frémir : Courbet, Delacroix, Manet, Renoir, Cézanne, Degas... Peu lui importait que son œuvre ne fut pas, en son temps, consacrée. Degas le poussa néanmoins à exposer ses toiles lors des salons impressionnistes mais c’est le talent d’autrui qui éveillait chez lui un très vif intérêt.
A nous maintenant de découvrir le talent d’Henri Rouart au fil d’une exposition qui repose sur différents thèmes : les paysages bien sûr qu’il affectionnait particulièrement, les portraits (essentiellement des membres de sa famille), ses voyages... C’est un peintre du plein air qui sait méticuleusement observer la nature et saisir les mouvements des arbres (étonnant leitmotiv) selon les saisons et les différents moments de la journée. Son travail sur les nuances de « vert » le caractérise particulièrement, nous offrant ainsi une variation inouïe sur la lumière, les lueurs, l’assombrissement.
Henri Rouart est manifestement un grand peintre de la nature. Il ne se séparait d’ailleurs jamais de son cahier où il croquait dès qu’il le pouvait ses motifs sur le vif. Les paysages citadins l’attiraient peu. Mais il ne faut pas pour autant oublier qu’il savait capturer l’expression de ses intimes (particulièrement de profil) dans leur propre cadre de vie.
Cette exposition, dont les tableaux sont en majorité prêtés par des collectionneurs privés, est la première depuis 1933 à rassembler et mettre en valeur autant de toiles d’Henri Rouart. Il est aisé de constater que c’est une chance de pouvoir enfin découvrir une partie de son travail. Son œuvre est séduisante et mérite votre curiosité.
Au Musée du Luxembourg
Le musée du Luxembourg nous présente actuellement près de 90 œuvres dont la particularité et l’agencement reposent sur l’union de partenaires hors-du-commun.
La ville du Havre, à la fin du 19ème siècle, est en pleine expansion et beaucoup de négociants (travaillant dans le commerce du café, du coton ou encore du bois) s’y installent et font fortune. Amoureux de l’art et désireux d’imposer des artistes neufs et parfois même révolutionnaires, ils vont s’affirmer grâce à une curiosité picturale audacieuse qui va bousculer l’univers havrais avec beaucoup d’intelligence.
Ces riches collectionneurs (comme Olivier Senn, Charles-Auguste Marande, Georges Dussueil ou encore Pieter Van der Velde) vont s’unir à des artistes tels que Raoul Dufy, Georges Braque et Emile Othon Friesz, afin de créer en 1906 le Cercle de l’Art moderne. Ce Cercle de passionnés havrais organise des expositions et différents événements culturels dans la ville portuaire qui devient alors un havre pour l’avant-garde artistique du début du 20ème siècle. Grâce à l’engagement de ces grands négociants très intuitifs quant à la modernité picturale de leurs contemporains, nous pouvons découvrir un certain nombre d’œuvres issues de l’impressionnisme (n’oublions pas que ces entrepreneurs s’investissaient déjà dans l’art à la fin du 19ème siècle), du fauvisme ou bien encore du nabisme.
Au fur et à mesure que vous évoluerez dans les salles du musée, vous pourrez admirer des toiles de Boudin, Monet, Pissaro, Derain, Marquet, Bonnard, Vallotton, Cross, Dufy, Modigliani, Sisley, Renoir, Vuillard, Van Dongen... La diversité même de ces œuvres traduit l’esprit éclectique de chaque collectionneur dont le nom est systématiquement mentionné, ce qui nous laisse entrevoir les attirances et les goûts de chacun d’eux.
C’est ainsi que vous passerez des variations climatiques de Boudin et de ses effets sur la lumière à des toiles emblématiques du fauvisme dont la pureté chromatique vous galvanisera. De même vous voyagerez dans un univers impressionniste qui vous charmera par sa vision et sa perception de la nature et du monde extérieur pris sur le vif, en contraste avec les Nabis qui vous séduiront par leur volonté de dévoiler la nature intime et mystérieuse de l’être.
Ce foisonnement inouï de personnalités et de recherches esthétiques est le résultat d’une belle aventure, même si celle-ci s’acheva dès 1910. Le Cercle de l’Art moderne, malgré une existence éphémère, représenta une alliance unique et florissante, aux explorations avant-gardistes de qualité et nous vous proposons de les découvrir avec autant de plaisir que nous en avons ressenti.
L’émotion nous submerge à la sortie de ce film habité par l’angoisse de la perte. Noémie Lvovsky commence par nous présenter son héroïne, Camille (jouée par la réalisatrice), comme une femme d’une quarantaine d’années, comédienne trimant pour accumuler les petits rôles et femme quittée par Eric (Samir Guesmi), son mari depuis plus de 20 ans.
Amputée de sa « moitié », elle tente d’oublier sa douleur et sa détresse dans l’alcool. Une grande amie de jeunesse l’invite alors à passer le réveillon de fin d’année chez elle. Elle y retrouve ses grandes copines de lycée, s’enivre et danse jusqu’à minuit. C’est alors qu’elle se débarrasse de son alliance, puis s’évanouit pour se réveiller dans les années 80, à l’âge de 16 ans.
Noémie Lvovsky a choisi de jouer elle-même son rôle de lycéenne. Et c’est Samir Guesmi qui joue son propre rôle jeune. Le spectateur se retrouve alors face à deux adultes rejouant leur adolescence avec leur physique actuel. C’est une idée pour le moins singulière, extravagante mais absolument réjouissante.
Camille va revivre cette période avec une nuance prééminente: elle connaît son avenir et a gardé sa conscience d’adulte, avec bien évidemment la maturité qui en découle. Nous saisissons dès lors toute la folie et les interrogations que ce déplacement temporel suscite. Est-il possible de changer les évènements du passé et d’altérer le futur ?
Camille doit-elle tenter de résister à Eric (le film se passe au moment de leur rencontre) ? Et même si elle le désire, est-elle en mesure de modifier l’essence même de sa nature intime ?
Quant à la mort d’un être cher, Camille pense-t-elle vraiment qu’elle peut la différer ?
Les retrouvailles de l’héroïne avec ses parents (joués par Yolande Moreau et Michel Vuillermoz) sont un moment attendrissant, bouleversant. Camille les embellit avec une sensibilité qui nous touche profondément ; elle s’offre le plaisir de profiter une dernière fois de sa maman dont elle sait qu’elle va très bientôt mourir d’une rupture d’anévrisme. La vision de Camille est clairvoyante. Elle prend un plaisir infini à revivre l’euphorie de sa jeunesse dans un film où la mélodie du bonheur juvénile nous emporte dans une reconstitution des années 80 qui rappellera à certains l’atmosphère de leurs plaisirs fantasques.
Noémie Lvovsky nous offre un film espiègle, sentimental, malicieux, drôle et romantique. L’amour, la force de l’amitié, la mort et le temps qui s’écoule sont des thèmes chers à la réalisatrice, qu’elle aborde avec beaucoup de sensibilité et de fantaisie.
Sortie de le Femis à la fin des années 80, Noémie Lvovsky est devenue scénariste, puis réalisatrice. Mais elle exerce aussi depuis 2001 le métier d’actrice avec un talent indéniable. Elle nous séduit sur tous les fronts et prouve une fois de plus qu’elle nous est indispensable.
Home est une histoire relatée par deux conteurs : la narratrice et Frank Money, le personnage central de ce récit. Toni Morrison l’explique ainsi : « Il m’est apparu... que je pouvais être à la fois le narrateur omniscient et lui le personnage qui objecte, commente, rectifie, clarifie le récit... Peu à peu c’est Frank qui prend le contrôle de l’histoire. »
Ce double regard enrichit la force romanesque des mésaventures des deux principaux protagonistes.
Le roman narre l’histoire d’un vétéran de la guerre de Corée, Frank Money. L’auteur aborde son enfance et celle de sa jeune sœur aimée Cee, à Lotus (Géorgie). Puis il raconte ses souvenirs obsessionnels de la guerre, son retour éprouvant dans l’Amérique ségrégationniste des années 50, et les retrouvaillesavec Cee, dont nous avons pu suivre les déconvenues.
C’est bien l’exploration de la vie intérieure de Frank que notre regard affronte avec un mélange d’effroi et d’espérance. L’aversion qu’il ressent pour lui-même et le tourment vers lequel ses réminiscences le mènent nous troublent à chaque instant. Mais l’effroyable détresse de sa sœur va l’obliger à avancer et lui permettre d’accéder à une rédemption qui lui apportera enfin la sérénité. Et celadans un lieu qu’il avait tant exécré et quifinalement lui permettra de faire la paix avec son âme, de se sentir chez lui.
Toni Morrison, qui a maintenant 81 ans, continue à ausculter la communauté noire américaine qu’elle peint avec tendresse, force et humanisme. Dans ce nouveau roman elle a choisi une période ambiguë (années 50) où, même si l’économie est florissante, de nombreux traumatismes hantent le pays : le maccarthysme, la ségrégation, les expérimentations scientifiques sur les plus faibles, la guerre en Corée... L’auteur analyse l’asservissement tout en s’interrogeant sur l’humanité souffrante, sa grandeur et sa dignité, ce qui nous inspire, à nous lecteurs, le respect.
Son roman est concis et dense. Fini le lyrisme des précédents ouvrages. Depuis quelques années, Toni Morrison ressent le besoin d’ « écrire moins et dire davantage ». Mais plus que tout c’est à l’être humain qu’elle s’attache : « ...faire apparaître les gens ordinaires qui ne sont pas dans les livres d’histoire... sentir ce qu’ont éprouvé intimement les individus, ce qu’ils ont enduré, en des époques dont on a parfois oublié ou négligé la face sombre » (Toni Morrison). Voilà une bienveillance qui nous touche profondément de la part de cet écrivain qui, ne l’oublions pas, obtint le prix Nobel de la littérature en 1993. Sa virtuosité nous enchante et ses problématiques nous touchent et nous questionnent.
Home, de Toni Morrison, Ed° Christian Bourgois, 2012
Pascal Bonitzer nous présente une comédie à la fois tendre et mélancolique, où les situations cocasses et dramatiques s’amalgament avec une grande délicatesse.
Damien (Jean-Pierre Bacri), personnage central de cette histoire, est un professeur de civilisation chinoise marié à une «metteur en scène» de théâtre, Iva (Kristin Scott Thomas). Celle-ci insiste vivement pour qu’il demande à son père, président du Conseil d’Etat, d’intervenir auprès d’un de ses amis haut-placé pour sauver une jeune femme serbe, Zorica (Isabelle Carré), de l’expulsion. Mais cette demande va causer bien des désagréments. Damien, qui entretient des rapports complexes avec son père (Claude Rich), repousse l’idée de le contacter depuis bien longtemps et se retrouve maintenant dans l’obligation d’agir rapidement. Ces multiples «entretiens» vont mettre en exergue une incommunicabilité dévastatrice où chaque entrevue, au lieu de dénouer le problème, mène systématiquement Damien vers une situation à la fois dramatique et burlesque, tant l’incongruité de certaines rencontres nous interpelle. Comme à son habitude Pascal Bonitzer met en scène des personnages issus d’un milieu intellectuel bourgeois. Leur univers va tout d’un coup péricliter, les troubles et les déséquilibres de chacun surgissant et mettant à mal ce petit monde bien installé. En bref c’est la débâcle. Damien est enfin forcé de sortir de sa léthargie habituelle, son fils fait figure de pré-adolescent au jugement impitoyable et Iva, sa femme, finit par le quitter pour un acteur plus jeune et plus attirant. Un de ses proches amis, joué par Jacky Berroyer, incarne un type suicidaire follement troublé par une femme plus jeune que lui...
Face à cette drôle de tribu, il y a Aurore, cette jeune femme fraîche et spontanée que Damien rencontre plusieurs fois par hasard (sans se douter qu’elle est la Zorica qu’il doit «sauver»). Elle vit des moments difficiles mais sa vitalité l’emporte sur l’inertie de ce professeur bougon, désabusé mais attachant. Isabelle Carré est éminemment lumineuse et seule sa présence suscite chez Damien une certaine bienveillance. Jean-Pierre Bacri, lui, joue à merveille cet être emprisonné dans une existence cloisonnée et confortable, où l’ennuile submerge indéniablement. La crise qu’il va rencontrer, en affrontant ce problème bien réel des sans-papiers, va lui permettre d’affronter ses propres blessures affectives.
Ses confrontations avortées d’avec son père sont de petits bijoux de comédie sarcastique. Claude Rich est effroyablement jouissif en figure paternelle cruelle. Pascal Bonitzer, que nous avons connu critique et théoricien du cinéma, a laissé de belles traces dans l’univers cinématographique, autant en tant que scénariste qu’en tant que cinéaste. Il nous prouve encore une fois que sa présence dans le cinéma d’auteur français est un bienfait pour nous autres, spectateurs. Et ne comptez pas sur nous pour vous dévoiler qui est Hortense. Rendez-vous dans les salles obscures et cherchez...
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